Croci réalise une fiction sur un sujet difficile : la Shoa. L’extermination des juifs d’Europe décrétée par les nazis fût cependant une réalité pénible qu’il est important de conserver en mémoire.
Deux points sont importants et méritent d’être soulignés dans Auschwitz :
Auschwitz (la BD) est et reste une fiction,
générations présentes et futures doivent se souvenir des événements survenus durant la seconde guerre mondiale.
Le scénario est basé sur le récit d’une famille survivante juive polonaise. Cette famille, composée de Kazik et Cessia, rappelle l’incongruïté d’un survivant aux chambres à gaz (Anna). Ces témoins retournent sur le site d’Auschwitz-Bikerneau et racontent ce qu’ils y ont vécus. Croci utilise pour cela les différents témoignages qu’il a recueillis auprès de survivants (le dossier présent en fin de volume apportent de grands éclaircissement sur la démarche de l’auteur et mérite amplement une lecture).
Cette implication de l’auteur, cette volonté d’élaborer une oeuvre composée du plus grand nombre d’événements vraisemblables sont louables mais certains points semblent être traités avec précipitation. Un simple exemple démontrera mon propos. La vie dans un camp de concentration [1] devait être rude, pénible, interminable ; or le quotidien des hommes et femmes présents dans les camps n’est pas décrit/représenté par Croci, la notion de temps n’apparaît pas, la durée est absente.
Le dessin tout en nuance de gris de Croci est quant à lui magnifique. Les nombreux portraits et la quasi absence de paysages renforcent l’état décharné des prisonniers, accentuent leur désespoir, la cruauté de leurs tortionnaires. Croci précise cependant dans son dossier qu’il n’a pas souhaité prendre partie, qu’il a essayé d’être le plus neutre possible (certains nazis sont extrêmement cruels, d’autres paraissent plus humains - moins cruels). Les témoignages recueillis auprès de survivants ne permettent pas, je pense, la non implication. D’un point de vue purement critique, on peut donc reprocher à Croci de justement s’attarder à des gros plans, d’accentuer cette terreur et de délaisser les vues d’ensemble.
Le choix des témoignages est judicieux, émouvant. Ainsi, on apprend qu’un prisonnier survit aux chambres parce qu’il a un don : celui de griffonner quelques dessins. Avant la guerre, cette particularité n’avait pas d’importance, dans le camp d’extermination, elle en aura.
Enfin, l’auteur rappelle que nous ne devons pas oublier l’Histoire, que la mémoire de ces atrocités réside dans les souvenirs des survivants, que ces survivants disparaissent avec le temps. Ce devoir de mémoire, est renforcé par la mort des héros, abattus par d’autres hommes en raison de leur différence.
Auschwitz est une fiction traitant des camps d’extermination que l’on doit lire pour ne pas oublier.
[1] Le camp Auschwitz-Birkerneau était composé de deux « sections », une section concentration des populations et une section extermination des populations. On peut dire que la section concentration du camp est relativement moins cruelle à la section extermination (augmentant donc d’autant la cruauté de cette dernière).
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