Bande dessinée : Là-bas
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Une vraie réussite

Chronique

Cette bande dessinée est un témoignage poignant du déracinement et des blessures d’un homme qui doit, malgré lui, rentrer en France métropolitaine. La narration se déroule par la suite des souvenirs de sa fille. Elle n’a jamais vécu en Algérie, mais a pu s’en faire une image à travers les yeux de son père, personnage principal de ce one-shot.

 

Ce récit est emprunt de subjectivité et de naïveté. Anne Sibran aurait pu s’immerger dans le personnage d’Alain Mercatal, mais elle préfère utiliser le lien affectif fort qui existe entre un père et sa fille. Quoi de plus émouvant que d’entendre une jeune fille raconter la vie de son père : sa fierté et ses déceptions. Tout l’album est ainsi en voie off, miroir des souvenirs d’une petite fille qui a grandit.

Le style narratif et le sujet sont tellement touchant que j’ai d’abord cru que c’était une œuvre auto-biographique. Mais il semble que ce ne soit pas le cas, elle résulte simplement de l’imaginaire d’Anne Sibran. Le sujet met particulièrement en valeur les difficultés que peuvent éprouver des immégrés à quitter leur terre natale et leurs repères. Ce déracinnement est vécu comme un mal qui les ronge à petit feu.

Enfin, au délà du sujet principal qui concerne le retour d’un pied noir, on découvre cet amour paternel, tenaillé par la joie que peut lui procurer sa fille et par le combat quotidien qu’il mène pour accepter cette nouvelle terre. Cette petite fille qui vit à la fois dans la prison de son domicile et dans une Algérie imaginaire.

A l’ouverture de l’ouvrage, j’ai d’abord regrété que Tronchet soit au dessin. Cette histoire n’est finalement pas très comique et j’ai cru pendant un instant que Tronchet allait tourner les situations en dérision graphique. Il n’en est rien. Il réussit à nous emmener, non sans humour (mais jamais plus qu’il ne faut), des tons chauds d’Alger à la froide grisaille de Paris et sa banlieue naissante. Très expressif et démonstratif, le dessin accompagne Alain Mercatal dans ces sentiments et ses émotions.

En définitif, ce style graphique grossier et statique se marie très bien à la finesse de la narration. A tel point, que la caractère naïf des souvenirs de la jeune fille prennent vie sur les planches avec un naturel déconcertant. Tout d’abord perçu comme une linéarité anti-dynamique, le découpage des pages en 6 cases de même taille accentue l’impression d’ennui du personnage et reflète bien la notion mémoire.

Au final, c’est une BD à lire absolument. Un moment d’intense émotion entre un père et sa fille et un hommage à tous ces gens qui souffrent d’avoir perdu leurs racines. La voix off d’Anne Sibran est merveilleusement immagée par la chaleur du trait de Tronchet. L’ensemble est une vraie réussite.

 
 

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