Bande dessinée : Théorème de Morcom (Le)

La logique face au suspens

Chronique

Comme à son habitude, Benoît Peeters nous livre, avec ce one-shot, une originalité et une qualité narrative sans défaut. En 46 pages et avec l’aide de Mathison, il plonge le lecteur dans les méandres professionnels et personnels d’un génie des mathématiques : Julius Morcom est cerné. D’interviews en flashbacks, la trame de l’intrigue s’installe sans rentrer dans la complexité mathématique qui en découle... mais suffisamment pour comprendre les enjeux et les objectifs de Julius.

 

Bien que nombreuses, les voix off sont bien dosées et l’utilisation de documents réalistes (coupures de presse, dossiers, fiches d’archives, etc.) donnent du relief au récit, sans en altérer le rythme.

A propos du rythme, je regrette le manque de dynamisme du scénario. Pourtant les ingrédients sont bien présents : un personnage énigmatique, un journaliste, le secret militaire... Mais malgré ces atouts « thématiques », le suspens ne prend pas... J’ai eu l’impression de survoler l’intrigue, sans vraiment mettre le pied dedans. A tel point que lorsque j’ai refermé l’album, je fus réellement déçu d’en savoir finalement si peu de la grandeur des projets de Julius et de l’environnement dans lequel il a évolué.

Bien entendu, c’est un choix de l’auteur de suivre l’enquête du journaliste et non la vie de Morcom lui-même, mais je reste sur un sentiment de frustatration : Morcom est tout de même plus intéressant que Mathison.

Ce manque de suspens est sûrement aussi dictée par le style pictural de Goffin. Une ligne claire poussée à l’extrême, des couleurs ternes, des expressions complètement figées sur l’instant. Le premier coup d’œil nous fait penser à un album de E.P. Jacobs [1], mais l’excès de synthèse, à l’allure Art-déco, nous emmène sans équivoque vers Goffin.

Certains adorent, d’autres détestent, mais personne ne reste indifférent à ce style. De plus, cette ligne claire a un avantage évident : chaque élément d’une case prend une importance particulière et facilite ainsi le repérage des éléments clés. La perspective des cases est réduite au minimum et le découpage reste classique et efficace.

En définitif, ce one-shot ne restera pas spécialement dans les mémoires, à moins d’être un fan de Goffin... Le suspens est assez plat et l’intrigue manque certainement de réponses. Cet album jouit cepedant d’une qualité narrative irréprochable et d’un sujet vraiment singulier.

 
Notes de bas de page

[1] Edgar Pierre JACOBS : scénariste et dessinateur des albums de la série BD « Black et Mortimer ».

 

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