Quand un one shot débarque en librairie, trois choses font qu’on vient à l’acheter : les auteurs, la couverture, le thème. Ici, pour moi, ce fut les auteurs. « Des Lendemains sans Nuage » est le fruit de quatre hommes talentueux : Fabien Vehlmann, au scénario, Ralph Meyer et Bruno Gazotti au dessin, Bernard Devillers aux couleurs. Quatre auteurs déjà fort réputés, et au potentiel immense comme on le découvrira au fil de la lecture.
Certes la couverture passe inaperçue, beaucoup la trouveront vide, pas très attirante... Mais ne vous y fiez pas : prenez le temps d’ouvrir le livre. Dès la première page de lecture on se retrouve plongé dans l’atmosphère que nous a pondu Vehlmann. Oui, le système est complexe : le récit central englobe six petites nouvelles. Ces dernières sont écrites par deux personnes. Une fictive, dépendante du récit : Nolan Ska, et l’autre bien sur, véritable auteur : Fabien Vehlmann.
L’utilisation des nouvelles dans la bande dessinée n’est pas une nouveauté : Vehlmann a déjà fait ses preuves avec cette technique dans Green Manor [1]. Le thème principal n’est qu’un fil conducteur, qui nous fait passer ingénieusement de l’une à l’autre, nous envoyant d’une prison jusqu’au fonds des égouts, puis dans l’espace. Le plus dur avec une telle construction de récit est peut être d’éviter les cassements de rythme, mais ici l’enchaînement est tel que l’on y voit que du feu.
Et le scénario en lui même ? Je ne trouve pas le mot juste pour le qualifier : disons qu’il se situe entre « parfait » et « impeccable ». Le ton est bien choisi, Vehlmann sait jongler entre l’ironie, le cynisme et le simple humour. Il vaut mieux en rire qu’en pleurer. Car finalement, quand on y réfléchit, ces histoires sont bien proches de ce que l’on connaît aujourd’hui. On retrouve juste notre monde actuel exagéré, accentué de tous ses défauts, cent ans plus tard. Et c’est ce bouleversement chronologique, accompagné de ce côté « excessif », presque irréel, qui crée l’hilarité. Dernière remarque sur le récit : la petite pincée philosophique, vous l’avez forcément remarqué, rien que ce titre : « Des Lendemains sans Nuage », nous laisse le présager. Et puis la phrase finale, si si je suis obligé de la citer : « L’Humanité n’aura que ce qu’elle mérite. »
Côté scénario il n’y a donc que des compliments à dire, et les dessins ? Comment sont-ils les dessins ? Tout d’abord sur ce point, il faut souligner une chose bien atypique de cet album : on nous sert deux dessinateurs pour le prix d’un. Le premier, Ralph Meyer, dessine toutes les pages de gauche, le second, Bruno Gazotti, se charge des pages de droite...
Étrange concept n’est-ce pas ? Et pourtant ça marche. Les différences de dessin sont quasi invisibles, les personnages ne changent pas de figure une planche sur deux ! Enfin bref les quatre mains n’en font plus qu’une paire. Chaque décor est détaillé et le tout est homogène. On glisse donc de case en case, tout au long de notre lecture, et toujours avec le même sourire dû à la représentation des visages et au comique de situation. Seul défaut, et non des moindres : la couverture. Loin d’être tape à l’œil, elle nous donne même à penser que les dessinateurs ne s’y sont pas appliqués. Bien dommage car la couverture est souvent l’image première qu’on se fait d’un album.
Arrivons en aux couleurs. L’atmosphère de la bande dessinée, bien que l’on en rie, porte un regard pessimiste de l’avenir. Ainsi, des couleurs assez tristes sont de rigueur. De larges nuances de gris et de marrons ont donc été choisies, à juste titre, pour la mise en couleurs. Une parfaite symbiose se fait alors entre scénario et dessin, et oui : encore un point positif !
Finalement, « Des Lendemains sans Nuage » se révèle être un album pour le moins exceptionnel. Scénario, dessin, couleurs : tout porte à la satisfaction. Publié dans la prestigieuse « Collection Signé », cet album rejoindra facilement la partie de votre bibliothèque réservée aux must de la bande dessinée. Je ne peux vous souhaiter q’une très bonne lecture.
[1] Green Manor : série BD humoristique dont Fabien Vehlmann est le scénariste avec Denis Bodart au dessin et à la couleur. Cette série est éditée par les éditions Dupuis.
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