Moréa est une bande dessinée fantastique futuriste des plus classiques. Le manque profond d’originalité est heureusement compensé par la vision d’un avenir qui se démarque tout de même un minimum.
Arleston signe ici un scénario médiocre (« repiquage » d’idées et de concepts, chronologie peu palpable, etc.), qui ne semble pas digne de ses capacités. On retrouve ainsi la notion d’immortels « dragons » développée dans Dragons de Mouclier et Contremarche [1]. On reconnait que la fortune la plus grande au monde tombant entre les mains d’une personne idéaliste s’apparente très fortement à Largo Winch [2]. Ensuite l’immortalité des héros n’est pas totale (ils peuvent être détruits par le feu) tel que Dragons. Enfin, le maître érudit initie son disciple à la connaissance et au maniement des armes (mention spéciale pour l’épée alors que nous sommes en 2082) afin que l’élève puisse affronter l’ennemi du bien ; on se souvient de Highlander [3].
Le scénario possède aussi quelques faiblesses. La notion de temps n’est que très peu apparente. On nous donne l’année 2082 pour nous situer dans le futur mais on ne sent pas le délai, le temps qui s’ecoule entre le meurtre de Nathan Doloniac, l’apprentissage de Moréa et ses missions sur Mars. Tous semble se faire en une semaine, un mois, que sais-je ? De même, on nous précise au début que deux futurs sont possibles : le futur du bien, développé par les Dragons et le futur du mal, souhaité par les Anges. Or cette notion n’est pas exploitée. Espérons qu’elle le sera dans la suite de la série qui ne manquera pas de paraître. Je regrette enfin cette notion très manichéenne et très simpliste des protagonistes.
Les Dragons incarne le bien et à ce titre, possèdent l’immortalité, le savoir, les technologies et la chance. Les Anges, quant-à eux sont réduits à l’état de mortels, de comploteurs malchanceux et d’individus qui ont perdu le savoir en raison de leur appartenance au mal.
Heureusement le dessin de Labrosse rattrape très honnêtement les faiblesses du scénario. L’énergie qui en dégage et la dynamique employée collent très bien à ce type d’aventure. Les détails sont présents sans être superflus. La majorité des scènes se déroulent à Cuba, le dessinateur a donc eu le bon goût de présenter des images riches en couleurs et notamment des personnages bronzés. Les couleurs numériques correspondent également très bien à ce type de fantastique. La deuxième édition a d’ailleurs été entièrement refaite à l’informatique amenant une seconde jeunesse au premier volume. Ce choix est judicieux et mérite d’être souligné. Les nombreuses scènes d’actions sont mises en valeurs par le duo Labrosse/Arpin.
Moréa est donc une série fantastique facile et qui se laisse lire. On souhaite que le scénariste s’implique un peu plus dans les prochains volumes. Si cette condition s’avère vérifiée, on aura alors plaisir à apprécier les talents du dessinateur et du coloriste.
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