Bande dessinée : Nikopol

Excellence d’un art

Chronique

Comment rester objectif face à cette œuvre mythique de Bilal. C’est très difficile, croyez-moi. Bilal maîtrise son style graphique à la perfection et ne commet aucune erreur. Habitué à travailler avec Christin, il en a gardé la maîtrise du scénario.

 

Dans cette trilogie de science-fiction géopolitique hors norme, on retrouve avec plaisir les thèmes qui lui sont chèrs : le fascisme et le surnaturel. le récit se situe en 2023 à Paris. On y trouve deux populations : la bourgeoisie qui disposent de presque toutes les libertés et ressources et les autres qui ne disposent même plus du savoir.

Une situation engendrée par un régime totalitaire qui fait frémir mais qui n’est pas si caricatural qu’on ne veut bien le croire. Comble du paroxisme, ce régime totalitaire procède tout de même à des élections. Biaisées évidemment, nous sommes très loin de la démocratie dans ce système déshumanisée.

Mais Bilal s’amuse encore plus en intégrant, à ce tableau très noir de notre avenir, un élément singulier : une pyramide, vaisseau spatial en panne de carburant, occupé par les dieux égyptiens ! Et comme si cela ne suffisait pas, parmis ces dieux tous puissants, l’un d’eux, Horus d’Hierakonapolis, profite de cette situation particulière pour mettre à éxecution une vengeance contre ses semblables.

Quant aux personnages, ils sont haut en couleur et c’est peu dire : Nikopol le déserteur, Horus en vengeur masqué, Jill Bioskop la femme aux larmes bleues et au passé halluciné, Jean-Ferdinand Choublanc dictateur déchu, Gogol d’Achol chat télépathe aus rayures vertes...

Bref un scénario particulièrement « tordu » mais qui s’avère tout à fait crédible dans la narration et les événements qui en découllent. Tout se tient. Certains regretterons peut-être des liens trop fins entre les différents volumes de cette série. D’autres se creuseront la tête pour extraire l’essence de cette œuvre. Mais l’ensemble reste cohérent et accessible.

Enfin, d’un point de vue graphique, Bilal joue à la perfection. Les nuances de couleurs sont spectaculaires et les contrastes flamboyants. Il y développe une architecture à la fois classique et ultra-moderne, ainsi que des tenues vestimentaires dignes des plus grands créateurs de mode. Une création pure en couleurs directes qui comblera les lecteurs les plus exigeants.

Les planches sont très fournies et de nombreux détails viennent pimentés agréablement les cases. L’idée d’insérer des pleines pages de revue de presse est aussi très ingénieuse et permet ainsi une immersion totale dans cette société ravagée par les inégalités et les interdits.

Œuvre majeure de Enki Bilal, cette trilogie posa à jamais les bases de la bande dessinée moderne, des cases de la taille d’un tableau, des planches de la taille d’un mur, une maîtrise totale des pastels et de l’acrylique. Son scénario quelque peu alambiqué reste une pièce maîtresse à posséder absolument dans une bibliothèque digne de ce nom.

 
Post-scriptum

Début 2004, Enki Bilal fini l’adaptation cinématographique de son sa trilogie : IMMORTEL.

 

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