Bande dessinée : Bar du vieux francais (Le)

Deux hommes, deux passions, une oeuvre de passions

Chronique

« le bar du vieux français » est la rencontre de passions. Denis Lapière transmet sa passion de l’écriture à Leila, Jean-Pierre Stassen celle du dessin à Célestin. Passion du voyage, passion du témoignage et de l’amour, pas de doute, il s’agit bien d’une oeuvre passionnée.

 

Définitivement, « le bar du vieux français » est atypique. Ce qui surprend lorsqu’on l’ouvre, c’est le style graphique employé : de gros traits noirs et des aplats. Peu courant dans le monde de la bande dessinée, ce style permet une intégration du lecteur dans le monde où évolue les personnages. Ce trait, ces couleurs, cette façon de dessiner nous plongent très vite dans une ambiance « africaine », on y reconnaît les fresques et tableaux issus de ce continent.

Ce premier coup d’oeil étant passé, nous nous plongeons dans l’histoire. Ce scénario étonne par sa simplicité, son évidence. Célestin n’a pas d’avenir parmi sa tribu alors que la ville au nord est plein de promesses, Leila étouffe en Europe et souhaite retrouver ses racines au sud ; la fuite semblent être la meilleure, la seule solution pour tous deux. L’ingéniosité des auteurs est l’introduction de ce narrateur, ce témoin de la vie de nos deux fuyards, ce vieux français. Neutre, mémoire vivante, il est le porte-parole de ces deux enfants.

Stassen et Lapière abordent de nombreux thèmes dans « le bar du vieux français », thèmes pour la plupart intemporels et universels : l’herbe est toujours plus verte ailleurs, le fossé entre les générations, l’expérience acquise au cours des voyages, la différence des cultures, la transcendance de l’amour. On sent également leur volonté d’incorporer leurs propres passions dans cette oeuvre. Ainsi, Leila décide de tenir une correspondance avec Célestin, ce dernier, quant à lui, peint des fresques murales. Ces fresques sont d’ailleurs réalisé avec une certaine naïveté (que l’on pourrait même qualifié d’inexpérience) montrant, si besoin, toute l’expérience et la dextérité de Jean-Philippe Stassen.

Touchant, émouvant. On aimerait croisé ces deux êtres, leur dire qu’ils vivent une histoire fabuleuse, une histoire digne des contes de fées. Au fil de la lecture, on devient aussi impatient que le vieux français, on souhaite connaître le sort de nos deux tourtereaux. On est également Mehmed (Le caravanier qui titille notre français). D’abord on se moque, ensuite on essaie de comprendre, enfin on remplace le vieux français. J’ai vraiment été ému par cette oeuvre et vous la recommande chaudement.

 
 

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