Bande dessinée : Ombre d’un homme (L’)

Sommes nous l’ombre de nous-même ?

Chronique

Les cités sont emplis d’âmes et il est parfois intéressant de s’attarder sur l’une d’entre elles pour comprendre un peu mieux le fonctionnement interne des cités, pour apprécier la vie en son sein.

 

Schuiten et Peeters approche une autre forme de cité dans L’ombre d’un homme. Ils s’attardent sur un cadre travaillant dans les assurances. Cet homme est la personnification de travailleurs zélés appartenant à de grandes organisations (privées ou publiques). Considéré comme l’un des meilleurs, il apparaît très efficace et dévoué. Il démontre éaglement un cynisme extravagant envers les personnes qui pourraient nuire au bien être de l’entreprise pour laquelle il travaille. Sa vie semble centrée sur l’entreprise (il va jusqu’à s’excuser auprès de ses supérieurs des absences prises en raison de son récent mariage), l’entreprise est pour lui une cité.

Vue sur la cité - 13.5 koMais l’entreprise-cité n’est pas réelle. Alors qu’Albert ne vivait que pour l’entreprise, il perd son travail et donc ses références. Il doit petit à petit apprivoiser la ville, la vie. Bien sûr, il est difficile de vivre dans une cité que l’on a jamais vue, de s’intégrer dans une cité avec des doutes, des peurs, des questions sur soi ; pour résumer, avec l’ombre de soi-même. Albert découvrira sa vraie nature, ce pour quoi il est destiné grâce aux yeux de Minna. Minna est capable de voir à travers Albert, de decouvrir son coeur et révéler la vraie nature de cet homme.

Schuiten réalise un dessin toujours aussi admirable. Il est même difficile de le commenter. En couleur, l’ombre d’un homme n’en est pas moins très détaillé. L’architecture, caractéristique des cités obscures, est toujours aussi belle, aussi imposante. Les nombreux grattes-ciel rappellent les constructions éclésiastiques passés, les véhicules sont des sphères volantes évoquant les oiseaux. Le dessin des cités de Schuiten est fait avec un tel réalisme que l’on pourrait les reconnaître au détour d’une route.

L’emploi de crayons de couleur, de buvards et de traits permet à Schuiten de réaliser des décors et des personnages d’une qualité impressionante. Habitués à une architecture omniprésente, on se rend compte que Schuiten est très à l’aise dans la réalisation de portraits. Il réussit à dépeindre la détresse, l’angoisse, l’insécurité d’Albert face à son ombre. Cette ombre s’apparente d’ailleurs à une projection plus qu’à une ombre portée. Schuiten utilise un léger flou pour distinguer le personnage de son ombre, permettant une lecture aisée.

Peeters et Schuiten essaye peut-être de nous faire passer le message suivant avec l’ombre d’un homme : le travail routinier et zélé ne correspond pas forcément à notre désir intérieur. L’amour permet de se découvrir, permet de sortir de l’ombre et ainsi accomplir de nouvelles choses.

L’ombre d’un homme est une réalisation singulière réalisée de mains de maîtres. À lire.

 
 

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